TRANSMETTRE…. ?
LE POINT
Le professeur de mathématique dit : «
Soit un point : un être sans dimension ».
En même temps, il dessine une petite croix sur le tableau.
Pourquoi ne dit-il pas tout d’abord : «
Soit un tableau » ?
En fait, la réponse est simple : quand le professeur arrive dans la classe, le tableau est là depuis si longtemps que personne lui prête attention…
ENSEIGNER……
Est-il possible de transmettre un savoir « objectif », des connaissances « imparables », un bagage « béton »?
Est-il possible de proposer des outils « neutres », des mécanismes « irréfutables », des méthodes « infaillibles »?
Est-il possible de se situer dans universalisme hors de l’histoire, dans une pensée sans idéologie, dans un absolu partageable?
Heu…….
Non !
Un savoir est orienté puisqu’il répond à une question plutôt qu’à une autre….
Les connaissances sont imparables jusqu’au moment où elles sont parées….
La science est une suite d’erreurs rectifiées ou un cimetière d’hypothèses….!
Le monde se modifie des questions qu’on lui pose….
L’universalisme écrabouille notre frère « barbare »….
L’histoire nous impose un cadre « daté ».
L’instant nous place dans un champ de pensée,
L’idéologie se faufile dans toute explication….
Pourtant, nous n’allons pas nous taire…nous allons exister: décentrés, multiples, particuliers, partiaux, partiels, ouverts, disponibles, attentifs, curieux, changeants,…… : vivants en somme(s)…
Nous « savons » que la vie est un infiniment complexe…: hasards, collapses nourrissent les parcours et explosent le flot rassurant des enchaînements prévisibles pour faire place aux nouveautés hors de cause.
Suites et ruptures emmêlées; continuités et déchirures, reproduction et création, certitudes et doutes, héritage et révolution …..évolution et saut créatif.
Enseigner ? C’est expliciter les suites et ouvrir les cassures…
C’est dire le continuum et montrer ses faiblesses…
Pas de savoirs qui ne contiennent ses provocations, son explosif: prêt à disparaître, trop heureux de muter.
Le savoir n’est pas lisse. Il est le résultat d’un risque: poser une question dans l’impossibilité de les poser toutes. Il est le fruit d’une patience entêtée alors qu’il va tomber, épuisé, subverti, combattu, débordé pour finalement devenir historique.
Aujourd’hui, les savoirs sont si précis qu’ils isolent et s’isolent.
Savoirs de hautes solitudes qui négligent les liens…
Pouvoirs de spécialistes déconnectés qui contribuent ainsi à un monde en miettes..,
Enseigner aujourd’hui:
C’est permettre la rencontre de notre être rationnel et de notre être sensible,
C’est croiser notre être universel et notre être historique
C’est relier notre être symbolique et notre être de chair,
Nourrir ces nœuds d’existence,
Laisser entrevoir l’importance du lien,
Coudre un tissu de vie
Sans la constitution de liens, les « tiroirs à savoirs » n’ont que peu d’intérêt : sitôt remplis, sitôt vidés.
Si nous savions densifier le réseau des connections qui rendent les savoirs vivants…….
Mais essayons… !
Yves Perret Architecte