A.M.O. H.Q.E.
Reçu aujourd’hui le nième rapport
A.M.O H.Q.E.
Rédigé, comme à l’habitude :
sans point d’interrogation,
sans aucun doute.
sans vision d’ensemble,
paroles d’expert bardées de petites certitudes …. !
Le projet n’est-t-il pas un art en choix multiples ?
Le projet ne touche-t-il pas toute la complexité du vivant ?
Le but est-il de le sortir d’une énergie de création pour un « écologiquement correct » qui ne serait plus soumis au feu des questions ? Bonne conscience écologique facilement achetée par la conformité à quelques dimensions quantifiables. .
Le but est-il de renchérir le M2 construit par multiplication des conséquences de simulations disjointes qui tentent de faire se superposer la réalité et le calcul avec prime permanente au calcul?
Chacun sait que les hypothèses (simplifications du réel) sont à questionner pour relativiser les résultats, que tout résultat doit s’accompagner de l’évaluation de sa fourchette d’erreur. Calcul n’est pas raison ! Nous n’avons que faire de la deuxième décimale quand, sans méchanceté, nous oublions de fermer la porte… et comme dit le géographe: « Le territoire n’est pas la carte » …et… « La géographie, c’est pour faire la guerre. ».
Dans « Brasil », De Niro disparaissait dans une tornade de papiers, 20 ans plus tard, il meurt englouti dans la multitude de formulaires sur papier recyclé, à moins qu’il ne soit finalement étranglé par les fils de nos connections électroniques.
Coincés, nous le sommes dans l’addition des vérifications multiples, successives, isolées. C’est le règne de la pensée EXCEL…
Place est faite aux « monstres – machines » qui assureront 20° partout, l’abaissement automatique de vos rideaux là où ma grand’mère réglait la question en faisant un tricot (elle vivait avec un très bas bilan carbone).
Notre orientation est mauvaise : piégée dans un galimatias technico-administratif qui génère des guerres d’experts, des prix de construction à tomber par terre, des complications loin du « sens » car loin des « sens » et le désapprentissage des gestes de vie.
La qualité de l’expression architecturale risque de se perdre dans le thermiquement correct.
Dans les années 60, c’était l’hygiéniquement correct. Rappelez-vous… : un objectif unique …de préférence amortissable. Caricature pour caricature.
Faut-il isoler Notre Dame par l’extérieur et remplacer les vitraux par un triple vitrage. Je ne vous parle pas de Notre Dame d’hier mais de Notre Dame d’aujourd’hui: celle que nous devons jour après jour construire.
Le rapport AMO HQE nous laisse entrevoir ce qu’il faut jeter :
l’approche analytique fragmentée,
la prééminence rassurante du matériel sur le symbolique
l’écrasement du sensible par le mesurable.
l’évacuation du poétique par l’autoritarisme du raisonné.
Construire avec une attention à la vie pour quitter l’erreur de route :
il n’y a pas de durabilité sans proposition d’accroches pour d’affection
s’il n’y a pas de quoi s’émouvoir, il n’y a pas de quoi se mouvoir
la beauté est le premier objectif environnemental, l’humour est le second, les autres suivent, divers, nombreux, mouvants…. questions énergétiques incluses.On ne peut aimer une architecture pour l’intelligence de son chauffage même si son chauffage se doit d’être intelligent.
La Haute Qualité Environnementale sombre, de contenus implicites en normes, dans la société juridico-consommatrice qu’elle devrait combattre ou mieux : ignorer.
Enfin, tout ça n’est peut-être qu’un moment de fatigue…..de guerre lasse.
La mutation est difficile, la suppression des prothèses techniques trop inquiétante pour la vieille société techniciste, la priorité du « faire » hors de portée. D’abord les autorisations, les tampons, les signatures (bleus), les rapports, les accords laborieux, la multiplication des courriels à la vitesse de la lumière, les réunions pléthoriques….tout ça pour masquer la peur et retarder l’échéance à laquelle il faudra vraiment radicalement changer:
Abandonner une thermique cocooning qui promeut une température intérieure bêtement uniforme et ignore les microclimats extérieurs qui de température de paroi en courant d’air vous font aussi une vie.
Abandonner l’instrumentalisation d’une température intérieure uniforme quand nous pouvons faire le choix de la différenciation et du pull-over (en laine de mouton).
Eliminer cette conception acoustique qui balaye le Thoronet dans un idéal de chambre sourde a-musicale.
Virer une conception de la lumière qui uniformise en lux notre peur de l’ombre.
Ridiculiser cette approche paysagère qui favorise la continuité de l’apparence.
Equilibrer la prééminence de l’espace et de l’œil par l’attention au temps et à l’oreille
Eliminer l’autorité de la pensée analytique fragmentaire pour tenter l’ouverture des approches complexes (merci Monsieur E. Morin)
Réconcilier la main et le cerveau, le faire et le penser
Articuler intuition et raison
Imaginer les grands partages
Faire apparaître une économie non exclusivement monétaire
Architecturer les interdépendances réciproques : espace urbain – espace rural
Mettre définitivement « culture » au pluriel
14 cibles pour être un peu moins bêtes ne doivent pas nous fermer à l’urgence d’une mutation culturelle autrement plus joyeuse car radicalement bouleversante.
Gaïa appelle à une mutation globale de nos comportements et donc un changement radical de nos façons de faire et de penser.
Yves Perret Architecte
….. Janvier 2011